Un jour de decembre 1986

malik oussekine, les voltigeurs et la lacrymo

vendredi 6 décembre 1996, par davduf | Lu à 26606 reprises depuis sa mise en ligne | 25 réax | Mots clés: Police |

Malik Oussekine court rue Monsieur le Prince, quelque part dans le Ve arrondissement, quelque part dans la nuit du 5 decembre 1986.

Malik Oussekine courre rue Monsieur le Prince, quelque part dans le Ve arrondissement, quelque part dans la nuit du 5 décembre 1986. Il est atteint, comme des milliers d’autres, d’une maladie incurable découverte par l’éminent professeur Louis Pauwels. Malik Oussekine a le sida mental, et des motocyclistes-voltigeurs aux trousses. Nous sommes deux centaines, à peine, à zigzaguer dans le Quartier latin, comme lui, à transpirer, à courir, morts de trouille. Au milieu du Boulevard Saint-Michel, plus personne ne s’occupe de raviver le petit feu, allumé quelques instants avant la charge policière. On court, on saute, on sauve sa peau. Ceux qui vont mourir te saluent. Nous sommes des héros : 1986-1968 ? Une simple question d’inversion. Mythe et réalité, course-poursuite et histoire en marche.

Malik Oussekine se glisse derrière une silhouette au 20 de la rue Monsieur le Prince ; d’autres, perdus, égarés, fuyards, effrayés, entrent dans une Sorbonne souricière. Les voici immédiatement cernés. Rendez-vous ! Au commissariat. Je cours aux côtés de mon ami de toujours, monté de Poitiers pour l’occasion. Il est mon guide, mon chien d’aveugle : de peur briser de mes lunettes, ou de les perdre, je les ai soigneusement laissées chez moi. Ah, il est beau le révolutionnaire, il est prudent le héros. Je casse un rétroviseur rue des Écoles, par plaisir gratuit. C’est le meilleur moyen de se procurer des forces à bas prix.

Malik Oussekine tremble, le souffle coupé, un flic derrière lui, la matraque en menace. La porte codée de l’immeuble est entrouverte, le hall d’entrée se fait cage et les trois fauves-voltigeurs ne répondent plus de rien. Malik Oussekine non plus. Ils frappent, il gémit ; ils cognent, il pleure. Ailleurs, plus loin, je sprinte. Des gros bras d’extrême droite, venus de la faculté d’Assas, nous somment de lâcher nos bâtons. Splouc, bruit sourd. J’avais donc un bâton, d’où venait-il ? Le sang, les cris, les vitrines brisées, les bruits de pas, les « par ici ! », « là ! », « fais gaffe ! », « arrêtez ! merde ! », une fille en pleurs, à genoux - je me souviens de son visage : ordinairement sublime - les radios-reporters, les autonomes casqués, uniques dans leur volonté dérisoire (eux ne courent pas devant les flics, ils les affrontent, cognent, tombent, idéalistes, va !), tout s’emmêle, ça s’accélère. Vertiges, c’est donc ça la guerre ? Un film interactif ? Un reality show ?

« Malik Oussekine, vous l’avez connu, Rachida, miaule le présentateur télé. Avant de nous dire quel garçon merveilleux il était, nous aimerions vous montrer, à vous Rachida et à vous, chers téléspectateurs, un document inédit. Le film de sa mort ». L’animateur se tourne lentement vers la caméra 2, heureux comme un type qui aurait triomphé de sa laideur. Dans son oreillette, sa productrice lui susurre : « Vas-y, Jacko, on est à 53% d’audience. Tiens-les jusqu’au bout ». Le présentateur poursuit, élargissant son sourire : « Bien sûr, il s’agit là d’une reconstitution. Mais elle est si fidèle aux témoignages, si véridique, si authentique, que ce film pourrait avoir une valeur juridique si le procès de ceux qui ont tué Malik était rouvert. » Pivotant sur son fauteuil, l’homme au regard vide fixe à présent une nouvelle caméra : « Je vous rappelle d’ailleurs que c’est l’objet de notre sondage minitel : faut-il réinstruire le procès des agents qui ont tué Malik ? »

La cavalcade continue sur la place du Panthéon, déserte. Le commissariat semble fermé, pas un flic, pas un bruit. Respiration. En quelques compagnies de CRS, le quartier est complètement bouclé. Mon ami, mon frère, me regarde. « Ça va ? » Ça va. Une voiture s’arrête à notre hauteur, rue Clothilde. Dans sa R5, une femme, la quarantaine, affolée, calme un gros chien. Et aboie à son tour : « Montez ! je vous en supplie, montez... » « C’est gentil à vous madame, je dis en m’imaginant dans son lit. C’est gentil mais on a envie de rester... de voir comment ça va évoluer... » Est-ce qu’elle pleure ? « Vous êtes fous ! Je vous en prie ! Sont partout ! Les flics vont vous tabasser ! » J’ai envie de lui dire qu’elle est belle, que j’ai envie d’elle, que je ne l’oublierai jamais, que j’aimerais bien savoir ce qu’elle fout ici, la nostalgique de 68, que je l’emmerde avec son regard plein de pitié comme si nous allions mourir. Nous nous confondons en excuses et remerciements, bien élevés que nous sommes. Elle enclenche la première, derniers sourires, ultimes propositions.

Malik Oussekine ne tiendra pas, insuffisance reinale ou pulmonaire, enfin un truc à ne pas mettre un jeune homme dehors un soir de manif, selon le gouvernement Chirac qui oubliera tout ça, quelques jours après la bavure, avec une belle fête anniversaire du RPR. On court, jusqu’au bout des rues et de la nuit. Rue Henri Barbusse, trois Beurs foncent avec nous. Derrière, des voltigeurs. On pousse des cris, des portes, toutes closes, toutes codées. Toutes, sauf une. C’est les autres, les Beurs, qui l’ont trouvée. Chérie, tu sais quoi, je crois qu’un Arabe m’a sauvé la vie. On grimpe l’escalier quatre à quatre, jusqu’au troisième étage. Les Beurs font circuler des revues pornos tombées d’un kiosque à journaux dans la confusion et le vacarme. X-Choc, X-Stars, Panthers-les plus belles filles du monde, Club-only for men. Je tourne les pages, mes mains qui tremblent font bouger les clichés, rendant les filles réelles, mais mon sexe reste indifférent - c’est bien la première fois qu’un magazine de cul ne m’excite pas.

Dans son appartement, un locataire allume une lumière et sa radio. Flash RTL : « Violents affrontements hier soir au Quartier latin ». Malik Oussekine est pour l’heure anonyme, et sa mort même n’est pas connue. Le lêve-tôt du palier va appeler les flics, ça sent le Dupont-la joie dans cet immeuble. 1986-1942, simple habitude de délation. Les Arabes s’en foutent, les salopes du spécial salopes leur procurent bien du plaisir, et les flics aux basques, ils connaissent. Vont pas se faire du mouron pour ça. Ils nous rassurent. Il est temps de rentrer. J’en peux plus, cassos ! Allez, salut les mecs, et merci pour la porte ! Et les revues ! Boulevard Saint-Germain, une croissanterie ouvre ses portes. Il doit être 6h du matin. Ce jour-là, on y servait les meilleurs croissants du monde. Retour à la casbah, dans le Ier. Europe 1 annonce qu’il y a eu mort d’homme. Chérie, j’aurais pu m’appeler Malik Oussekine. Elle : t’en as pas marre de tes blagues racistes - Je ris jaune livide.

« Alors, Rachida... Malik était votre petit ami. Qu’avez-vous pensé de ce film ? » Gros plan sur le visage de Rachida. En régie, un assistant-réalisateur s’énerve. « Dis-donc, elle chiale pas, la môme. Faudrait de la lacrymo. Comme pour l’autre con ».


Débats

25 Messages de forum

  • 2 mars 2004 13:12, par ROBLIQUE gentiane

    cher monsieur, madame,
    je suis actuellment en 2 eme année de communication (ISCOM) et je dois relaiser un documentaire. Mon équipe et moi même avons choisi d’etudier l’histoire de Malik Oussekine. Le problème est que nous manquond d’informations.
    C’est pourqoui ej me permets de vous ecrire, en esperant que vous pourrez nous aidez dans nos demarches.
    Restant à votre entière disposition,
    Cordialement,
    Gentiane ROBLIQUE

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  • 28 novembre 2005 15:13, par matlodile

    chère gentiane

    je trouve tres interessant que des eleves de communication s’interesse a ce terrible evenement... malheureusement vous devrez vous démerder toute seule car plus rien n’existe sur malik a part un film réalisé par Camille BROQUET et qui lui a valu les honneurs de Monsieur Chirac. Chapeau l’artiste !
    Bonnes recherches...

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  • 8 janvier 2006 11:10, par Robert Chantereau

    J’aimerais que vous communiquiez mon e mail à la famille Oussekine à ses frères ou soeurs, surtout Mohamed que je connais depuis 1967 mais la vie nous a fait perdre le contact avec mes remerciements .

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  • 1er mars 2008 23:33, par Hélène

    Ce matin, sans raison apparente,
    un nom a retenti dans ma mémoire : Malik Oussekine ! !
    Dans l’après-midi, à la recherche
    de la nouvelle adresse d’une librairie spécialisée dans le cinéma, j’ai emprunté et descendu
    la rue Monsieur le Prince et j’ai, à ma grande surprise, découvert cette plaque insérée dans le trottoir, qui m’a beaucoup émue.
    PAIX à TON AME, MALIK

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  • 7 août 2008 04:02, par lucien

    j’y étais.

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  • 13 janvier 2005 08:39

    Il faut faire quelque hose pour le 20 me anniversaire, et donc avat aussi.
    Contactez-moi
    martin.pecheux@free.fr

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  • 19 mars 2006 15:11, par greg

    Non, Malik n’était pas un héros. La réforme DEVAQUET avait certainement du bon.

    GREG

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  • 26 mars 2006 19:51

    C’etait peut etre pas un héro, mais sa mort est injuste et aura au moins permit de devoiler au grand jour l’attitude de la police pendant les manifestations, aussi pacifistes soient-elles.
    Et puis, la réforme DEVAQUET, c’est vraiment pas le propos, on parle d’assasinat ici.
    Garde tes considérations irréspectueuses et hors sujet pour toi, sac à merde.

    Répondre à ce message

  • 30 avril 2008 18:15

    et toi tu ne sais peut être pas de suoi tu parles, il n’était pas à la manifestation et à été tué plus certainement du fait de ses origines, c’est toi qui parles de héros pour nous il est une victime de personnes dont tu doit certainement comprendre la mentalité de m....

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  • 20 juillet 2009 11:45

    raciste de merde

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  • 5 janvier 20:23, par tisba 357

    t facho ou koi ?
    maleureuzemen ca + de 20an é c tjr pareil...ouvré les yeux !!!!!!!!!!!

    Répondre à ce message

  • 25 novembre 2006 00:36, par X-tof

    j’avais 13 ans lorsque Malik Oussekine est mort. Avec l’âge et les relations, Malik est devenu le garrant de notre sécurité, nous pouvions casser des banques, faire cramer des stations essence, sans que la police nous charge, et puis il y eu Carlo Guiliani... et l’ordre qui tue un par un nous rappelle « Jeunesse blanche rentrez chez vous ! » chez nous c’est ici, c’est en italie, et c’est aussi rue Monsieur le prince. Malik petit prince de st-ex. Avançons nous aurons encore des morts parmis nos amis.
    Et comme disait l’autre, les pauvres sauveront le monde malgré eux.

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  • 5 décembre 2006 09:54, par Nouvel Obs

    Il y a 20 ans, Malik Oussekine | 05.12.2006 | 09:25

    IL Y A VINGT ANS, dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 à Paris, en plein conflit gouvernement-étudiants, Malik Oussekine, 22 ans, était matraqué à mort dans le hall d’un immeuble parisien, au 20, rue Monsieur-le-Prince, où il s’était refugié, par deux « voltigeurs motoportés ».
    Français d’origine algérienne, étudiant sans histoire à l’Ecole supérieure des professions immobilières (ESPI), il était d’une santé fragile à cause de déficiences rénales, devant être dialysé trois fois par semaine.
    Le jeune homme s’était tenu à l’écart du mouvement estudiantin. Les étudiants dénonçaient un projet de loi instaurant, selon eux, la sélection à l’entrée de l’université. Ce jour-là, cependant, selon ses amis, Malik voulait aller voir une manif.
    Seul témoin du drame, Paul Bayzelon, fonctionnaire au ministère des Finances, habitant l’immeuble du 20 rue Monsieur le Prince (6ème arrondissement), a raconté : « Je rentrais chez moi. Au moment de refermer la porte après avoir composé le code, je vois le visage affolé d’un jeune homme. Je le fais passer et je veux refermer la porte ».

    « Une violence incroyable »

    « Deux policiers s’engouffrent dans le hall, a-t-il poursuivi, se précipitent sur le type réfugié au fond et le frappent avec une violence incroyable. Il est tombé, ils ont continué à frapper à coups de matraque et de pieds dans le ventre et dans le dos. La victime se contentait de crier : ’je n’ai rien fait, je n’ai rien fait’ ».
    Paul Bayzelon a dit avoir voulu s’interposer mais s’être fait lui aussi matraquer jusqu’au moment où il a sorti sa carte de fonctionnaire. Les policiers, présents dans le quartier pour disperser la manifestation, sont alors partis mais Malik Oussekine était mort.
    Le lendemain, Alain Devaquet, ministre délégué à l’Enseignement supérieur et auteur du projet de loi polémique, présentait sa démission, cependant que les étudiants défilaient en silence portant des pancartes « Ils ont tué Malik ».
    Le lundi 8 décembre, après de nouvelles manifestations, le Premier ministre Jacques Chirac annonçait le retrait du texte.

    La présidentielle de 1988

    Robert Pandraud, ministre délégué à la Sécurité, devait dire : « Si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais d’aller faire le con la nuit ».
    Les deux voltigeurs, le brigadier Jean Schmitt, 53 ans à l’époque des faits, et le gardien Christophe Garcia, 26 ans, sont passés trois ans plus tard devant la Cour d’Assises de Paris pour « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Ils ont été condamnés en janvier 1990 à 5 ans et 2 ans de prison avec sursis.
    Dans son récent livre « La tragédie du président », le journaliste Franz-Olivier Giesbert décrit Jacques Chirac comme particulièrement sensible aux mouvements de la jeunesse depuis l’affaire Malik Oussekine, dont il pense, selon l’auteur, qu’elle lui a coûté son élection à la présidentielle de 1988.

    Voir en ligne : Nouvel Obs

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  • 2 décembre 2006 12:25

    Malik, Hommage

    http://www.dailymotion.com/visited/...

    Répondre à ce message

  • 2 décembre 2006 12:26

    Malik, Hommage

    http://www.dailymotion.com/visited/...

    Voir en ligne : Video Malik O.

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  • 5 décembre 2006 10:00, par david-assouline.net

    14 novembre 2006. Monsieur le Maire, Mes cher(e)s Collègues, Je vous avais déjà fait part de mon émotion, quand au nom du Groupe socialiste et radical de gauche, avec son Président Patrick Bloche, je proposais à notre Conseil d’adopter un vœu demandant au Maire de Paris d’apposer une plaque en souvenir de Malik Oussekine, frappé à mort dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, rue Monsieur le Prince, suite à la dispersion des occupants de la Sorbonne. Elle est d’autant plus grande aujourd’hui, au moment d’adopter cette délibération proposée par le Maire, c’est-à-dire au moment de prendre cette décision qui permettra que concrètement, le 6 décembre prochain, dans moins d’un mois, soit inscrit sur les pierres de notre Capitale, le souvenir de ce moment qui a marqué pour toujours toute une génération, la mienne comme celle de beaucoup d’élu(es) ici présents ; le souvenir de ce jeune qui a eu la malchance de se trouver là alors que se déchaînait de façon démesurée une chasse à tout ce qui ressemblait à un étudiant dans le Quartier Latin.

    Monsieur le Maire,
    Mes cher(e)s Collègues,

    Je vous avais déjà fait part de mon émotion, quand au nom du Groupe socialiste et radical de gauche, avec son Président Patrick Bloche, je proposais à notre Conseil d’adopter un vœu demandant au Maire de Paris d’apposer une plaque en souvenir de Malik Oussekine, frappé à mort dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, rue Monsieur le Prince, suite à la dispersion des occupants de la Sorbonne.

    Elle est d’autant plus grande aujourd’hui, au moment d’adopter cette délibération proposée par le Maire, c’est-à-dire au moment de prendre cette décision qui permettra que concrètement, le 6 décembre prochain, dans moins d’un mois, soit inscrit sur les pierres de notre Capitale, le souvenir de ce moment qui a marqué pour toujours toute une génération, la mienne comme celle de beaucoup d’élu(es) ici présents ; le souvenir de ce jeune qui a eu la malchance de se trouver là alors que se déchaînait de façon démesurée une chasse à tout ce qui ressemblait à un étudiant dans le Quartier Latin.

    Je ressens ainsi la même fierté d’appartenir à cette majorité municipale, et de soutenir cet exécutif parisien, qu’au moment où Bertrand Delanoé a de façon courageuse proposé d’apposer une plaque en souvenir des Algériens morts le 17 octobre 1961.

    C’était il y a 20 ans. Des centaines de milliers de jeunes, près d’un million à Paris le 4 décembre, manifestaient pour le retrait de la loi Devaquet établissant une sélection sociale pour l’entrée à l’Université. C’était dans chaque université, dans beaucoup de lycées, des moments de rencontre, de débats, de prise de conscience, de fête et de joie aussi, qui rassemblaient une génération généreuse et éprise d’Egalité, comme un sursaut dans une France où le Ministre de l’Intérieur pouvait déclarer qu’il couvrirait les bavures. Des monômes bon enfant où l’on entendait crier « CRS avec nous, vos enfants sont dans la rue ».

    Puis suite à la fin de non recevoir du gouvernement, des charges brutales, violentes, des tirs de grenade à fût tendu, des jeunes grièvement blessés, comme Jérôme Duval. Et la nuit tragique du 5 au 6 décembre, où après une évacuation des occupants de la Sorbonne, les PVM décidèrent de nettoyer le Quartier Latin. Malik finissait sa soirée, comme beaucoup de jeunes et moins jeunes et s’apprêtait à rentrer chez lui. Des PVM le poursuivent. Il se réfugie dans une cage d’escalier, rue Monsieur le Prince. Des PVM lâchent leur moto, entrent dans le hall. Il se protège. Il est battu. Son visage, son corps sont tuméfiés. Plus tard, il meurt. Il avait 22 ans. Rien ne justifiait une telle violence. « Ils sont devenus fous ». Je répétais cela aux journalistes qui m’interrogeaient au petit matin. Abasourdi. Et ce poids de la responsabilité. Ne rien dire qui puisse inciter à répondre à la violence par la violence. Et notre appel à une gigantesque manifestation silencieuse derrière cette unique affirmation « Plus jamais ça ».

    Et depuis 20 ans, ce sentiment contradictoire, souvenir d’un grand moment de symbiose, d’échanges, de lutte, d’espoir, de conviction d’être acteur de son histoire, mais aussi l’amertume, la tristesse, que Malik y soit resté.

    En ce moment, je pense à sa mère, à ses frères et sœurs, à tous ceux à qui il a été arraché, il nous manquera toujours. Avec lui, c’est un bout de nous-mêmes qui est parti le 6 décembre 1986.

    En votant cette délibération, notre Conseil fera un acte de justice et de mémoire qui honorera notre Paris. Pour moi, pour les socialistes, nous avons aussi, simplement, rempli notre devoir.

    Voir en ligne : http://www.david-assouline.net

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  • 2 décembre 2006 20:06

    commémoration ?...une plaque 20 ans après... mmh c’est bien mais alors il faut faire le lien direct avec les poursuites des jeunes de 2005, la répression d’aujourd’hui...
    J’irai me receuillir sur la tombe de Malik mercredi matin et rue M. le Prince en évitant les récupérations politicienne du P.s...
    N’hésitez pas à me contacter pour cette journée...
    Jérôme, blessé par grenade en tir tendu le 4.12.86.
    djino68@club-internet.fr

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  • 5 décembre 2006 13:02, par 1789 - 1871 - 1936 - 1944 - 1968-1986-2005-2006 encore et encore

    Vous avez tout à fait raison. Il n’est pas possible de n’en rester qu’à la seule commémoration qui est un moyen de cantonner un événement dans son passé. Pratique coutumière du p.s.
    En effet, ne pas travailler sur 1986, 2005 (les révoltes des banlieues), 2006 (l’anti-cpe), c’est isoler les luttes et maintenir le silence sur les causes de ces mouvements.
    L’objectif partagé de la droite (et son amie l’extrême-droite) et de la soi-disant gauche, qui ne cessent de co-habiter (tout un poème cette expression), c’est d’enterrer les problémes et de rester à des propos moralisateurs et injurieux ("racailles", « sauvageons », « ordre juste », « rupture tranquille »). Il leur faut sauver le capitalisme, sinon à quoi serviraient-ils ?

    Les pleurs des crocodiles ne peuvent longtemps retenir les révoltes.

    L’histoire ne s’arrête pas.

    Voir en ligne : malik oussekine

    Répondre à ce message

  • 5 décembre 2006 17:33, par davduf

    Jérome,

    J’y serai aussi, rue Monsieur le Prince.

    Puis je te demander par ce que tu dis de toi, « blessé par grenade en tir tendu » ? Es tu celui qui a eu la main arrachée esplanade des Invalides ?

    Merci d’etre passé par ici.

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  • 6 décembre 2006 01:08

    1986-2006 La répression continue !

    non, le jeune homme qui a perdu la main en relançant la grenade s’appelle Patrick Berthet si mes souvenir sont bons...pour ma part j’ai eu une fracture maxilaire supérieure, une fracture du nez et une fracture du crane. J’ai donc subit une opération en neuro-chirurgie délicate...
    ci dessous un texte que j’ai écrit le 4 decembre 2006, 20 ans après les faits, lors d’une insomnie. Au réveil les larmes coulaient de rage sur mon visage, cette rage tranquille que le peuple retient en lui jusqu’au jour ou tout explose. Alors la répression s’abbat sur la réponse du peuple à l’injustice qu’il endure. Les blessés et les morts s’enchainent sur le fil de l’histoire sans changer la détermination de celui ci qui sans cesse revient à la charge. Pensons un instant à tous ces fantomes de la Commune de Paris à Oaxaca et nous trouverons en nous la raison de la lutte de libération contre ce système répressif néolibéral capitaliste. Que la force soit avec nous, le peuple des opprimés face au monstre dévastateur des profiteurs.

    Voici maintenant 20 ans, j’ai reçu une grenade en tir tendu (tir tendu interdit par la loi) qui a faillit me coûter la vie, et cela pour avoir manifesté pacifiquement contre le projet de loi Devaquet. En fait, malgré plusieurs fractures et une forte dépression qui interrompirent brutalement mes études j’estime avoir eu de la chance. Mon voisin d’hôpital François Rigal a lui perdu un oeil dans les mêmes conditions, l’impact a frappé un cm plus bas... Mais nous ne serions sans doute pas là si la grenade nous avait touché juste au dessus des sinus ou bien au cœur... oui nous avons eu la chance de survivre à cette tentative d’assassinat qui pourtant nous a visé en pleine figure ! Malik Oussekine, lui n’a pas eu cette chance et les auteurs du meurtre ont pu tous deux finir leurs jours tranquilles*.

    La répression se renforce à mesure que la résistance s’organise, elle fait système et pour cette raison les victimes de 86, comme celles de Novembre 2005 et celles issues de la lutte contre le CPE sont les victimes d’un système qui réprime et poursuit en justice pour sa survie.

    * Les deux auteurs du matraquage mortel, le brigadier Jean Schmitt, cinquante-trois ans à l’époque, et le gardien Christophe Garcia, vingt-six ans, ont comparu trois ans plus tard devant la cour d’assises de Paris pour ’coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner’. Ils furent condamnés le 28 janvier 1990 respectivement à cinq ans et deux ans de prison avec sursis. Leur administration n’a pris aucune sanction notable : l’un a vu sa retraite avancée, l’autre a changé de poste.

    Jérôme

    Répondre à ce message

  • 7 décembre 2006 10:02, par davduf

    Malik Oussekine, 20 ans après.

    Répondre à ce message

  • 5 décembre 2006 17:17, par Lucie

    N’étant qu’une enfant en 86, je découvre aujourd’hui cette bien triste histoire qui me sert la gorge, me pèse sur le ventre.
    Nous sommes bien souvent pacifiques lorsque nous sortons manifester mais presque à chaque fois on sent l’hostilité chez ces messieurs casqués. Nous manifestons pour dire nos idées, c’est un droit et la police n’est pas censée nous en vouloir pour cela. Que se passe-t-il lors du breefing pré-manif ? est-ce qu’on leur dit que l’autre camps c’est les méchants ? est-ce qu’on leur dit que de dangeureux individus veullent s’en prendre à l’état ? Manifester c’est un droit populaire d’expression... on n’a pas toujours le choix de voter donc on réagit comme on peut, mais quel malaise j’ai resenti de nombreuses fois quand je passe dans un couloir de CRS. Je le sais pourtant, ce n’est pas moi qu’ils surveillent, ce sont les « casseurs », les imprévisibles sans fois ni loi, mais tout de même... on n’est pas tranquille. Et si tout le monde se sent aussi opressé que moi devant « l’autre camp » je crois que les actes anti-flics ne peuvent que se multiplier. Mais eux, ceux sont des professionnels, il y a des règles dans leur métier : quelque chose du genre notre but est la défense du citoyen... A quel moment le mec pense aider la société en bastonnant propre et net un citoyen ?
    Quand je vois un policier en France, je ne me sens pas en sécurité, je me sens en zone de violence potentielle. Peut-être que je ne choisi pas bien les endroits où je vais ?
    En tout cas aujourd’hui je peux mettre un prénom sur cette peur. Malik n’est p-e pas un héros ms sans aucun doute il restera dans les mémoires de la France et dans la mienne tout particulièrement.
    Avec émotion et respect, Lucie.

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  • 6 décembre 2006 15:57

    J’étais adolescent au début des années 80, pas aussi bandantes que les années 60, voire même 70. Y’avait pas de racaille, à l’époque, si j’en crois mes souvenirs, on était des branleurs, des zonards, les vieux disaient même encore « blousons noirs »...Si si...Fils d’ouvriers ou de paysans pour la plupart, « français », « portos » ou « arabes », on avait pas droit au blouson de cuir, pourtant, c’était plutôt la veste en jean à laquelle on coupait les manches...Amphétamines, shit et bière pour tout le monde, ACDC en bande son, Trust, c’était plutôt pour les bourges...comme Téléphone...On est allé direct au chomedu, tous, en sortant du LEP, où l’on était déjà parqué comme le mauvais bétail, les autres dans les filières « générales » s’asseyaient pas avec nous dans le bus...
    En 1986, on a vu les gamins aller dans la rue pour demander du boulot, des études, du respect...Sincèrement, ca nous faisait plutôt marrer...Les flics, on les connaissait déjà bien, et inversement, la voltige, ils savaient la faire avec les camionnettes, quand ca leur prenait, les samedis soirs ou les jours de fêtes. La banlieue, elle existait déjà, la pauvreté aussi, le manque d’éducation idem.
    Le petit Malik méritait pas ca, mais 1986 ne commence rien, pas plus que 1968.
    Violences policières, repression, exclusion, ordre moral, tout ca dure, existe, nous étouffe depuis si longtemps...

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  • 7 décembre 2006 10:00, par davduf

    Malik Oussekine, 20 ans après.

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  • 16 décembre 2006 10:26, par Attila

    « Trust, c’était plutôt pour les bourges... »

    Tu m’aurais dit ça à l’époque, ça se serait réglé à la chaîne de vélo :o)

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jean-claude romand, une histoire vraie de mensonges

En Janvier 1993, Jean-Claude Romand tue épouse, enfants, parents et chien. Le 2 juillet 1996, le faux chercheur à l’OMS est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Médecin imaginaire, Romand avait menti pendant 18 ans à ses amis et à toute sa famille. Depuis, sa double-vie a servi de trame à plusieurs films/livres. Voici la chronique judiciaire de son procès.

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